Samedi 17 avril 2010
6
17
/04
/Avr
/2010
23:31
Encore une fois, il faut partir. Refaire les cartons, laisser ce qu'on a vécu. Ou plutot parvenir à vivre avec, en les admirant mais sans regrets. Je ne sais pas partir, il est parfois difficile
de tirer certains traits sur des souvenirs que l'on aime encore bien qu'ils n'existent plus.
J'ai trouvé la boite à gâteaux. Tu sais celle où je range tant de bons souvenirs qui maintenant blesse comme des pics au coeur.
Je suis sorti avec la petite valise rouge. Quelques livres dedans. Dont celui de ce vieil ami. Tu sais, celui qui chante de si bels chansons. Your hair upon the pillow like a sleepy golden
storm. J'ai été le voir, il m'a parlé d'amour, de corps de femmes dans le soleil, de souvenirs mélancoliques qui un jour blesse comme des pics au coeur et qui, le lendemain, retrouve la
saveur d'un miel, toujours un peu amer. There is a crack in everything. Ring the bells.
J'ai roulé un moment. Au volant de la vieil Buick rouge. Je suis arrivé près du lac. Personne ne m'attendait. La fille de mon rêve n'y était pas. Je ne suis pas reparti tout de suite. J'ai
préféré regarder le soleil se refleter dans l'eau. Je n'ai pas pris de photo. Je voulais juste regarder.
Je suis monté un moment sur la colline. La balançoire n'est plus là. Ils ont coupé l'arbre. J'ai attendu un petit peu, comme pour voir si c'était vraiment vrai. Puis je suis redescendu. J'ai
roulé une partie de la nuit.
J'ai appelé quelques amis et pris une bière. Une journée assez belle finalement. Je suis rentré et j'ai vu tous ces cartons empilés chez nous. Bientôt rien de tout ca, ne sera plus. Il faudra
laisser la place à d'autres. En espérant que le soleil brille un peu plus pour eux.
Je n'ai pas encore vraiment sommeil. Le lapin jaune me regarde de ces grands yeux tristes. Il semble regretter le temps où la boite à gateau était encore vide. Moi pas.
Retrouvé des photos et une carte postale de montagne. A mettre dans la boite.
J'ai ouvert ma cage toracique et j'ai jeté un oeil à mon coeur. Je l'ai déjà vu mieux que ça. Il n'est pas bien vaillant. Je me fais du souci pour lui. Le docteur dit qu'il ira mieux un jour. Je
ne sais pas s'il parle de lui, de mon coeur ou du vieux lapin jaune aux grands yeux tristes.
J'écoute une ancienne musique. J'aimerai pouvoir parler et partager. La vieille Buick fait un bruit bizarre. Je crois qu'elle aussi s'essoufle. Elle veut à nouveau porter quelqu'un de plus. Je
crois qu'elle n'aura pas le courage de me porter seul en Italie. Je vais devoir faire autrement.
Puck est passé. Malgré tout ses efforts je ne bouge pas vraiment. Ses ailes à lui son intactes. Il me faudrait quelqu'un pour mettre de la biafine sur les miennes. Et un peu d'huile aussi.
Le cendrier a fondu, alors j'écrase ma cigarette.
Tu dois être capable de te réparer maintenant. Quand tu auras un peu de courage tu t'en sortiras sans moi, je pense.
La fatigue se rappelle à moi. J'espère qu'elle n'apportera pas sa vieille amie avec elle. Tu sais, la vieille putain, toujours avec son capuchon noir, pour qu'on ne voit jamais son vrai visage.
Je ne parle que du présent. Il est tard pour changer le passé et tôt pour voir le futur. La vieille Buick rouge nous portera peut-être bientôt comme elle le fit avec les autres dans le passé. Les
ailes revoleront peut-être un des ces jours. Mon coeur se regonflera comme le moteur d'un train à vapeur en pleine course. La boite à gateaux se remplira de nouveaux souvenirs et le lapin jaune
continuera à regarder de ses yeux tristes. Mais son coeur à lui aussi sera réjoui.
I'm your man disait-il. Je le suis si tu le veux bien. Il n'est pas possible de réparer celui qui ne le veux pas. J'ai toujours aimé bricoler la vieille Buick rouge. Mais je ne suis pas
un docteur. Il est certaines choses qu'on ne peut barrer d'un trait ? On peut toujours si on veut.
Il faut parfois écouter autrement. Ton coeur bat-il encore ? Peut il battre encore dans ma poitrine ? Puis-je ouvrir ta cage toracique et regarder encore ton coeur ? J'aimerais juste voir s'il
parviens à respirer. Le mien tousse beaucoup. Je fume trop.
Un jour j'ai vu le solei par la lucarne et j'ai cru que tout était gagné. Mais un anneau et une dame de fer font tout changer. Aujourd'hui la lune perce la même lucarne. Et rien n'est gagné. Tout
est à faire.
There is a crack in everything/That's how the light gets in. Mon vieil ami est revenu. il a jeté un oeil à la Buick et à dit qu'il n'y avait pas 36 façons de la réparer. C'est bien ce
que je pensais. Puis il a regardé le lapin jaune, il m'a dit qu'il faudrait le faire changer d'air. Selon lui la boite à gateaux devrait être agrandi. There's a lot of things left to do.
Quant à la valise, il la trouve très belle. Il m'a laissé un de ses beaux chapeaux. Je le mettrais demain. Peut-être cela revitalisera un peu la Buick. Les routes sont longues et l'hiver est
derrière.
Connais tu mon autre ami, le marin blessé ? Il espère mais essaie de ne pas croire. Pour ne pas être décu. We never know il dit.
I want you ton know You don't need anyone anything at all. C'est celui qui m'a donné la Buick qui disait cela. Mais aujourd'hui le vieux m'a dit aussi qu'il n'y a aucune façon de dire
aurevoir.
J'ai bu un verre d'eau. Ca n'a pas réveillé le poisson au fond de moi. The fish is mute/Emotionless/ Because the fish knows everything. Pour cela le vieux lapin jaune à de la chance. Il
n'a pas oublié qu'il était un poisson, avant. I will try to fix you, il m'a dit. Mais il n'a pas les bons outils avec lui. Il le sait, c'est pour ca que ses yeux sont tristes. Il
faudrait l'emmener un jour faire un tour dans la Buick, quand tu seras avec moi. On prendra le peu qu'on a dans le valise rouge. Il faudra penser à la boite à gateau aussi. Il faudra la remplir,
après l'avoir agrandie. On changera tous d'air. Le docteur ira peut-être mieux lui aussi. Et puis sur la banquette arrière on prendra en auto-stop un vieux poète, un marin blessé et un homme qui
a donné une Buick. La route sera longue et les hivers seront derrière...